Le projet MESCAL, coordonné par l’IRD sous la direction de Thomas Lamy et David Kaplan du laboratoire MARBEC, évalue la capacité des réseaux d’aires marines protégées (AMPs) de l’Océan Indien occidental (OIO) à faire face aux impacts du changement climatique.
En mobilisant la biologie des populations, la génomique, la modélisation et en engageant les parties prenantes locales (gestionnaires, usagers, notamment les petits pêcheurs), ce projet cherche à mieux comprendre la résilience des espèces exploitées, des assemblages d’espèces et des écosystèmes côtiers de cette région.
L’OIO, qui se réchauffe plus rapidement que d’autres régions, abrite une biodiversité exceptionnelle mais particulièrement vulnérable aux hausses de température, à la surpêche et à la pollution, alors même que son exploitation économique progresse à un rythme sans précédent. Cette pression croissante liée au réchauffement climatique et à la surpêche met en danger les écosystèmes marins, au sein desquels les poissons jouent un rôle crucial non seulement comme source de protéines pour les communautés locales, mais aussi dans le maintien des équilibres écologiques. La perte de ces espèces pourrait avoir des répercussions dramatiques, tant pour les populations humaines que pour l’environnement. Face à ces défis, les AMPs représentent une piste prometteuse, à condition qu’elles parviennent à renforcer la capacité des espèces exploitées à s’adapter aux changements climatiques et à conserver des espèces clés dans le maintien de la résilience écologique.

© IRD – Thibaut Vergoz
Une approche interdisciplinaire et multi-échelles pour un défi global
Le projet MESCAL explore la possibilité que les AMPs servent de refuges climatiques et de zones sources de repeuplement, en travaillant à plusieurs échelles d’organisation biologique. Cette approche permet de tester la capacité des AMPs à augmenter la résilience non seulement des espèces exploitées, mais aussi des assemblages d’espèces et du fonctionnement de l’écosystème. Cinq axes de travail ont été identifiés pour atteindre cet objectif :
- Modélisation climatique et connectivité : Grâce à des simulations, le projet analysera les futures conditions environnementales et les dynamiques de transport larvaire entre les AMPs, à l’horizon 2080-2100.
- Résilience phénotypique et génétique des espèces : L’équipe étudiera la capacité des AMPs à favoriser l’adaptation physiologique d’individus de trois espèces exploitées aux variations de température, et en identifiera les bases génétiques, en ciblant les AMPs susceptibles d’abriter des individus plus robustes.
- Diversité des communautés : En utilisant l’ADN environnemental (ADNe), les chercheurs compareront la diversité des espèces entre les AMPs et les zones non protégées, et évalueront leur rôle dans la stabilité des écosystèmes.
- Connectivité des AMPs et résilience à long terme : L’interconnexion des AMPs actuelles et futures sera examinée pour déterminer comment elle peut renforcer la persistance des espèces et des écosystèmes sur le long terme.
- Co-création de scénarios de gestion : Des ateliers avec les gestionnaires et acteurs locaux permettront d’adapter les résultats scientifiques aux réalités du terrain.

© IRD – Stéphanie Duvail
Une coopération internationale solide
Au-delà des sciences, MESCAL mise sur la coopération avec à la fois les gestionnaires d’AMPs et 11 partenaires académiques locaux répartis sur une zone d’étude couvrant toute la côte est-africaine, du Kenya à l’Afrique du Sud1. La collaboration avec ces partenaires représente un défi stimulant en termes de logistique et de coordination, mais elle est également porteuse d’un grand potentiel pour fédérer les efforts et renforcer les capacités locales à travers des ateliers de formation. Ce partenariat permettra de répliquer les approches du projet dans au moins deux AMPs par pays, encourageant ainsi des échanges sud-sud susceptibles de durer au-delà de MESCAL.

© IRD – Maylis Labonne
Des recommandations pour demain
Les résultats de MESCAL fourniront des scénarios de gestion adaptés aux réalités climatiques et écologiques locales, en vue de renforcer la résilience des écosystèmes et d’assurer une gestion durable des ressources marines de l’OIO. Face aux pressions grandissantes, les aires marines protégées pourraient bien devenir les bastions d’une biodiversité plus résiliente et d’un avenir plus durable.
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Texte riche et image
- KMFRI: Kenya Marine and Fisheries Research Institute (Kenya)
- WRTI: Wildlife Research and Training Institute (Kenya)
- SUZA: State University of Zanzibar (Tanzania)
- UDSM: University of Dar es Sallam (Tanzania)
- InOM: Instituto Oceanografico de Mocambique (Mozambique)
- NMU: Nelson Mandela University (South Africa)
- RU: Rhodes University (South Africa)
- SAAMBR: South African Association for Marine Biological Research (South Africa)
- UCT: University of Cape Town (South Africa)
- UJ: University of Johannesburg (South Africa)
- UP: University of Pretoria (South Africa)
