La première aire marine protégée de Côte d’Ivoire a été créé officiellement en juillet 2022 dans le but de protéger la biodiversité de la baie de Grand-Bereby où l’on trouve un récif corallien et plusieurs espèces protégées comme la tortue marine, le requin marteau ou la raie-guitare. Mais en l’absence de décrets d’application, aucune sanction ne peut être prise contre les responsables des pêches irresponsables et irrespectueuses des communautés locales. La police maritime se cantonne à des actions de « sensibilisation ». Légalement, rien n’empêche les chalutiers de pénétrer dans l’aire marine.
De notre correspondant à Abidjan,
Dans le petit bureau de l’ONG Conservation des Espèces Marines, des affiches célébrant la création de l’aire marine protégée habillent les murs. Pour son président, Alexandre Dah, la réserve doit maintenant se doter rapidement d’un plan et d’un organe de gestion.
« Tant que ce n’est pas mis en place, on navigue un peu dans un flou, pour tout le reste de la population ici à Grand-Bereby et pour ceux qui viennent d’ailleurs, ils voient l’aire marine protégée sur un papier. Ils se disent qu’ils ne voient pas concrètement qui gère, ce qui est fait… », dit Alexandre Dah.
À ce jour, en l’absence de décrets application, les chalutiers, accusés de pratiques irresponsables, sont toujours légalement autorisés à pénétrer dans la réserve « Ils font de la surpêche, ils détruisent les fonds marins », dit José Gomez, co-fondateur de l’ONG.
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Une pêche encore trop proche de l’aire marine protégée
Selon les chiffres de l’organisation, 8 chalutiers ont été arraisonnés au cours de l’année passée. Problème : les textes ne permettent pas d’infliger une amende ou une sanction aux responsables de ces bateaux.
« Malheureusement, l’interdiction de pêcher n’a pas encore été prise en compte par le ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques, qui continue de délivrer aux chalutiers des licences qui leur permettent de pêcher à partir de 3 miles nautiques n’importe où dans les eaux ivoiriennes y compris dans l’aire marine protégée de Grand-Bereby », regrette José Gomez.
Trois miles nautiques, soit un peu plus de 5 km. L’ONG demande que cette limite soit repoussée à 22 kilomètres, et réclame une interdiction totale de la pêche au chalut au sein de l’aire marine protégée.
Pour un meilleur contrôle des pêcheurs artisanaux
Selon le plan de gestion en cours de rédaction, les pêcheurs artisanaux doivent également être mieux contrôlés. Leur nombre a fortement augmenté ces dernières années. On compte environ 150 pirogues avec ou sans moteur à Grand-Bereby.
Ata Koffi Yao, le chef des pêcheurs fanti, appelle lui-même à l’interdiction des filets en nylon. « Franchement, les filets en nylon, gâtent l’eau. Ça pourrit et ça éloigne le poisson. En tant que chef, je veux qu’on enlève ces filets et qu’on diminue le prix du filet en coton pour permettre aux pêcheurs de pêcher avec le coton », souhaite-t-il.
Sans subvention ou aide à la production, les pêcheurs pourraient difficilement se séparer de leur filet en nylon, moins cher et plus robuste que les filets en coton. « Avant, avec les filets en coton, le travail était bon, mais maintenant, ce n’est plus trop ça. C’est cher. C’est pour ça que nous tous, on utilise le nylon », explique Koffi, pêcheur en pirogue.
En cas de respect d’un plan de gestion précis et détaillé de l’aire marine protégée, les défenseurs de l’environnement espèrent que la population de poisson cesse de diminuer, voire augmente, d’ici à deux ou trois ans.
